[PIAS] et Cranes, les deux labels de musique avec un air latino

À travers une collaboration entre la France et l’Amérique latine, le public découvre de nouveaux artistes des pays latins. Ces liens donnent comme résultat quelque chose d’innovant dans le travail des labels [PIAS] et Cranes.

En matière de musique, nous pouvons dire que les artistes latino-américains ont bouleversé la scène contemporaine en Europe. Cela va bien au-delà de la salsa, le merengue, la bachata, la cumbia et le reggaetón que l’on entend si souvent dans les bars et boîtes de nuit en France. Même le rock, le hip hop, et la pop d’aujourd’hui ne sont pas à l’abri de talents et d’influences de cette partie du monde.

L’offre musicale de l’Amérique latine va de pair avec l’abondance des labels et des maisons de disques qui s’y intéressent. Tel est le cas de [PIAS] et Cranes Records, deux labels qui font partie de l’industrie musicale française et qui s’intéressent à des artistes du monde entier.

[PIAS] et Cranes Records

Ragnar Tournarie et Denis Rouillard se sont connus en 2012 à l’École supérieure des Beaux Arts du Mans, en France. Leur passion pour la musique post-punk, le shoegaze et le rock indie a fait que ces deux amis ont commencé à collaborer avec des groupes de leur entourage. C’est à ce moment que Cranes Records est né.

Aujourd’hui, ce label, qui fait un travail indépendant et associatif, offre un répertoire pointu composé d’artistes du monde entier, parmi lesquels la scène de Tijuana qui est bien représentée. Mais si Ragnar et Denis se tournent vers le Mexique, c’est parce qu’ils sont attirés par les talents du pays : « Si on va au Mexique, on n’y va pas parce que c’est le Mexique seulement », affirme Denis.

Dani Shivers

Dani Shivers

De son côté, la maison de disques indépendante [PIAS], fondée en 1983 à Bruxelles par Kenny Gates et Michel Lambot, et avec un siège à Paris, acheta en 2015 deux labels avec un bon éventail de talents latino-américains : World Village et Jazz Village.

Pascal Bussy, directeur artistique et responsable éditorial des deux labels (1), est en charge de la recherche de projets pour promouvoir ces talents. Son amour du jazz et de la musique du monde le conduit naturellement vers l’Amérique latine : « Il y a notamment Cuba, avec un impact extrêmement important dans tout le paysage du jazz et de la musique d’aujourd’hui. Et sinon, il y a un autre grand pays : le Brésil. »

Mais il s’agit de talent et non pas d’exotisme. P. Bussy assure qu’ « on ne s’intéresse pas, a priori à ces pays-là, on s’intéresse à des projets artistiques, parce qu’il y a des projets assez intéressants ».

Omar Sosa. Crédit : Andy Nozaka Omar Sosa. Crédit : Tom Ehrlich

Omar Sosa. Crédit : Andy Nozaka - Omar Sosa. Crédit : Andy Nozaka

Tijuana, la ville pour trouver des nouveaux sons

Depuis ses premiers jours, Cranes Records se nourrit d’un enchaînement de rencontres entre passionnés et créateurs de musique, guidé toujours par des coups de cœur. Selon Denis Rouillard, « ceci est la première difficulté pour Ragnar et moi. Prendre des artistes que nous aimons pour ensuite travailler ensemble ». Ce rapport personnel caractérise toutes les collaborations chez Cranes.

Ragnar et Denis ont connu des nouveaux talents de la ville de Tijuana grâce à Ricardo Silva, directeur de la boîte de production Spécola, qui a réalisé des vidéos de musique pour des groupes de Cranes Records tels que Dead Mantra et Boca River.

Clip du groupe français The Dead Mantra Clip du groupe français Boca River

Clip du groupe français The Dead Mantra - Clip du groupe français The Dead Mantra

Ragnar a été touché par certains artistes de cette partie du monde, surtout quand il a découvert qu’ils partageaient des intérêts en commun avec les Mexicains, comme des goûts musicaux et même les dessins animés qu’ils regardaient plus jeunes. Parmi leurs collaborateurs à Tijuana, nous trouvons la Mexicaine Dani Shivers. L’une des choses que l’artiste apprécie dans le travail avec Cranes Records est le lien de confiance établi avec les fondateurs. En décembre 2016, ils ont sorti un disque fait 100% en chocolat par exemple.

C’est aussi grâce à cette proximité que Ragnar a pu témoigner et raconter des moments passés à Tijuana, cette ville de passage où les gens sont constamment en mouvement : « J’ai eu la chance de rester chez des gens qui habitent à Tijuana et de collaborer avec eux au niveau musical. Jean-Charles Hue, le réalisateur, m’a expliqué que quand il se rend dans cette ville, il est possible de faire des connaissances mais, après, il est assez difficile de reprendre le contact avec eux », raconte Ragnar.

Le World Village et le Jazz Village latino

Quant à cette proximité avec les artistes, Pascal Bussy de [PIAS] admet qu’ « on ne peut pas se permettre d’avoir uniquement des relations avec les artistes, ce n’est pas possible. On a aussi de très bons contacts avec les managers et les producteurs ».

Bien que la proximité personnelle ne soit pas la base des collaborations chez [PIAS], son admiration pour les musiciens latino-américains qui ont transformé le jazz est évidente. Pascal fait référence au projet avec le pianiste cubain Chucho Valdés pour faire renaître le célèbre groupe de jazz cubain Irakere, et du mysticisme chez le pianiste de jazz brésilien, Omar Sosa.

Pour Pascal, c’est la curiosité qui guide sa recherche des nouveaux talents. Néanmoins, il se bat aussi avec les préjugés et la perception du public français qui empêche parfois l’émergence des jeunes talents : « Dès qu’on dit musique brésilienne, beaucoup des gens tombent dans les clichés. On pense à la samba, à la bossa nova. (…) Le Brésil est un continent musical à lui tout seul, il y a même des groupes de métal, des groupes des gens qui font de la musique électronique très moderne, etc. ».

La passion pour la musique est universelle, et pour la partager, nous n’avons besoin que d’un cœur. Il y a des cœurs qui battent au son du shoegaze et d’autres qui battent au son du jazz. Mais, pour faire connaître les sons du monde, il faut des gens passionnés, des gens qui se plongent dans les microcosmes musicaux tout en respectant leurs origines, sans vouloir s’imposer. En Amérique latine, il y a une diversité culturelle et une richesse historique qui ne sont pas toujours respectées. Il faut donc les célébrer avec les artistes comme le font [PIAS] et Cranes.

(1) Pascal Bussy est parti du post il y a quelques mois.