Les montagnes : les ancêtres de toute une histoire

Ces géantes «bosses de terre» comme le Mont Blanc entre la France et l’Italie, le Mont Fuji au Japon, l’Aconcagua entre l’Argentine et le Chili ou l’Everest au Népal, ne sont pas que de simples accidents géographiques ! Bien sur que non !

Les montagnes ne datent pas d’hier et leur histoire non plus. Dans le Vieux et le Nouveau Monde, ces énormes reliefs ont été considérés comme un symbole important, voire sacré pour l’homme, ayant été le scénario de sacrifices, de guerres ou encore de résidence de divinités. Abraham a offert son fils Isaac en sacrifice sur le mont Moriah. Le col de Chipka au niveau de la chaîne des montagnes des Balkans fut témoin des quatre batailles de la guerre entre les russes et les turcs et, selon la mythologie grecque, au sommet du Mont Olympe, la plus haute montagne de Grèce, résidaient les Dieux dirigés par Zeus.

Parcourir leurs flancs pour arriver au sommet, peut être moins un exploit physique qu’un accomplissement spirituel. Plus on sera haut, plus on se rapprochera du ciel et, pour la religion catholique, plus près on sera de Dieu. En effet, dans un contexte aussi bien religieux que séculaire, on les nomme axis mundi, ce qui veut dire « le centre du monde ». Ce centre qui relie le ciel à la terre et ainsi le céleste et le divin avec le terrestre. La montagne fut alors initialement, pour les catholiques, un symbole du temple et ainsi beaucoup de sanctuaires couronnent aujourd’hui leurs sommets.

Un « mont » important, aussi bien par son sens religieux que par sa hauteur, est Monserrate. Située à plus de 3000 mètres au dessus de la mer, cette montagne dominant la ville de Bogotá, capital de la Colombie, est un exemple parfait de la rencontre des coutumes chrétiennes et des plus anciennes traditions indigènes. Les Muiscas par exemple, un groupe indigène colombien, adoraient leurs dieux depuis les points les plus hauts des montagnes formant la cordillère orientale des Andes. Plus tard, au XVIIème siècle et sur la même cordillère, les croyants catholiques ont fait de même mais en construisant, cette fois, une église qui évolua au fil du temps pour recevoir de plus en plus de pèlerins qui voyaient en elle une de plus importantes du pays.

La Basilique de Monserrate était le nom du temple en honneur de la Vierge de Monserrat, connue comme la patronne de Catalogne, en Espagne. En effet, une sculpture de la vierge et une sculpture de Jésus furent commandées pour Monserrate. Cette dernière fut si populaire qu’on changea le nom de la Basilique en Sanctuaire du Seigneur tombé de Monserrate. Basilique, parce qu’elle est plus importante que d’autres églises, et sanctuaire, parce que c’est un lieu de pèlerinage. Chaque année, des centaines de pèlerins montent à genoux les flancs de la montagne et attendent avec ferveur un miracle de la célèbre sculpture de Jésus.

Un peu plus loin, de l’autre côté de l’Atlantique, se trouve la Basilique du Sacré-Cœur à Paris. Cette Basilique de style néo byzantin abrite la plus grande mosaïque de France avec 473 mètres carrés dorés au plafond et fut construite pour commémorer les français tombés pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Sa construction fut considérée comme un «vœux national» et débuta en 1875 dans les hauteurs de la colline de Montmartre.

De petite taille contrairement à Monserrate, Montmartre reste cependant grande par l’histoire qui l’entoure, car de son nom peuvent dériver deux sens différents et très curieux : Mons martyrium et Mons martis. Le premier, Mont des Martyrs, évoque la petite église construite pour honorer Saint-Denis, le premier évêque de Paris, ainsi que plusieurs saints morts pour leur foi religieuse. Le deuxième prend son nom du dieu Mars, car à l’époque gallo-romaine, un temple en honneur du dieu de la Guerre aurait aussi couronné le sommet.

C’est ainsi que ces deux lieux si éloignés l’un de l’autre, témoins des histoires de deux pays si différents, ont malgré cela, des similitudes qui vont d’ailleurs au-delà du visuel pour atteindre le spirituel, l’invisible et qui racontent une histoire unique qui parle des pays unis par une même foi, voire par la même envie de s’émerveiller devant ces temples imposants.

Des millions de pèlerins viennent pour prier, ou pour se mélanger aux visiteurs qui veulent admirer leur beauté, leur grandeur et le mysticisme qui entoure ces emblèmes d’un pays entier. Après tout, ces lieux abritent notre histoire, nos croyances séculaires et religieuses où des saints catholiques et des dieux mythologiques ou précolombiens toucheraient tous ensemble nos esprits. Ils sont là, pas loin si l’on a la chance de se trouver dans une de ces deux villes.